
Lundi, Demis Hassabis, PDG de Google DeepMind, et James Manyika, vice-président senior de la recherche, de la technologie et de la société chez Google, ont confirmé une étape historique pour la communauté de l'intelligence artificielle : la base de données de structures de protéines AlphaFold (AlphaFold Protein Structure Database) est désormais activement utilisée par plus de 3 millions de chercheurs dans 190 pays. Cette annonce, faite lors d'une interview charnière avec Fortune, marque une expansion significative de la démocratisation (democratization) de la recherche biologique, signalant que la découverte assistée par IA est passée d'une curiosité à un standard fondamental de la méthode scientifique.
Cette mise à jour accompagne le dévoilement d'une suite d'outils de nouvelle génération — AlphaGenome, AI Co-scientist, et EarthAI — qui promettent collectivement de remodeler la façon dont l'humanité aborde des défis allant du traitement du cancer à la résilience climatique.
Depuis sa version initiale, AlphaFold a résolu le « problème du repliement des protéines » vieux de 50 ans, en prédisant les structures 3D de presque toutes les protéines connues. Les dernières données révèlent que la portée de l'outil s'est étendue bien au-delà des institutions d'élite occidentales.
Dans l'interview, Hassabis a souligné que le cap des 3 millions d'utilisateurs représente une « masse critique » où les outils d'IA ne se contentent plus d'assister les scientifiques, mais compressent activement des siècles de recherche en seulement quelques mois.
S'appuyant sur le succès de la prédiction des structures de protéines, Google DeepMind a officiellement détaillé les capacités d'AlphaGenome, un outil conçu pour déchiffrer le « logiciel » de la vie. Alors qu'AlphaFold se concentre sur le produit final (les protéines), AlphaGenome cible les instructions (l'ADN) et la manière dont elles sont régulées.
Capacités techniques clés :
James Manyika a souligné qu'AlphaGenome représente un passage de la « lecture » du génome à sa « compréhension », débloquant potentiellement des thérapies géniques personnalisées qu'il était auparavant impossible de concevoir.
Le changement le plus radical introduit est peut-être l'AI Co-scientist, un système construit sur l'architecture Gemini 2.0. Contrairement aux moteurs de recherche ou aux bases de données passifs, ce système agentique (agentic system) participe activement au processus scientifique.
L'AI Co-scientist est conçu pour :
Lors de tests bêta avec des partenaires académiques, l'AI Co-scientist a proposé avec succès des pistes expérimentales valides pour le repositionnement de médicaments dans la leucémie myéloïde aiguë, démontrant une grande précision pour distinguer les voies de recherche viables des impasses.
Élargissant le champ d'action au-delà de la biologie, DeepMind a également présenté EarthAI, un ensemble de modèles de fondation planétaires (planetary foundation models) visant les défis climatiques et environnementaux. En fusionnant l'imagerie satellite, les données météorologiques et les capteurs biologiques, EarthAI crée une « carte vivante » de la planète.
Fonctions de base d'EarthAI :
Le tableau suivant présente les rôles distincts et les fondements techniques des outils nouvellement discutés :
| **Nom de l'outil | Domaine principal | Caractéristique technique clé | Résultat visé** |
|---|---|---|---|
| AlphaFold | Biologie des protéines | Prédiction de structure à partir de séquences d'acides aminés | Découverte accélérée de médicaments et ingénierie enzymatique |
| AlphaGenome | Génomique | Fenêtre de contexte de 1 million de paires de bases | Identification des moteurs génétiques des maladies et du cancer |
| AI Co-scientist | Sciences générales | Raisonnement agentique via Gemini 2.0 | Génération automatique d'hypothèses et conception d'expériences |
| EarthAI | Sciences environnementales | Fusion de données planétaires multimodales (multi-modal planetary data fusion) | Suivi de la biodiversité à haute résolution et résilience climatique |
L'intégration de ces outils crée ce que Hassabis appelle un « cercle vertueux » de la découverte. AlphaGenome identifie une cible génétique ; AlphaFold prédit la structure de la protéine correspondante ; l'AI Co-scientist propose une molécule médicamenteuse pour interagir avec elle ; et EarthAI s'assure que l'approvisionnement en matériaux ou l'impact environnemental de la production est durable.
Cette convergence suggère que 2026 n'est pas simplement une année supplémentaire de progrès incrémentaux, mais le début d'une ère où l'IA est le moteur principal du progrès scientifique. À mesure que ces outils s'enracinent dans les flux de travail de 3 millions de chercheurs, on s'attend à ce que le rythme de l'innovation s'accélère de manière exponentielle, modifiant fondamentalement le paysage des soins de santé, de la science des matériaux et de la protection de l'environnement.