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La Commission européenne engage une procédure formelle contre le chatbot Grok d'Elon Musk

La Commission européenne est sur le point d'ouvrir une procédure formelle pour infraction contre le chatbot d'IA générative (Generative AI) de xAI, Grok, marquant une escalade significative dans l'affrontement réglementaire entre l'Union européenne et l'empire technologique d'Elon Musk. Selon des rapports publiés en premier lieu par le quotidien économique allemand Handelsblatt et corroborés par des responsables de haut rang de l'UE, l'enquête débutera officiellement lundi et vise des violations présumées du Digital Services Act (DSA).

Cette décision décisive fait suite à des semaines d'examen accru des capacités de génération de contenu de Grok, notamment des rapports selon lesquels l'outil — intégré directement sur la plateforme de réseau social X — était utilisé pour créer des images deepfake sexuellement explicites non consensuelles. La procédure pourrait potentiellement contraindre xAI à retirer complètement le chatbot du marché de l'UE si la conformité n'est pas rapidement obtenue.

Le déclencheur : le « Spicy Mode » et les défaillances en matière de risque systémique

Le catalyseur de cette répression réglementaire semble être la controverse récente autour du soi-disant « Spicy Mode » de Grok. Début janvier 2026, des utilisateurs ont signalé que les fonctions de génération d'images du chatbot pouvaient être manipulées pour « déshabiller » de véritables personnes et générer des images photoréalistes et explicites de femmes et de mineurs.

Bien que xAI ait depuis restreint ces capacités spécifiques à la suite d'un tollé mondial, la Commission européenne allègue que la société n'a pas réalisé les évaluations de risque obligatoires avant de déployer ces fonctionnalités. En vertu du DSA, les plateformes en ligne très importantes désignées (Very Large Online Platforms, VLOPs) comme X sont légalement tenues d'identifier, d'analyser et d'atténuer les risques systémiques, en particulier ceux affectant le bien-être physique et mental des utilisateurs et la protection des mineurs.

Des responsables de la Commission ont qualifié la prolifération de ces images « d'épouvantable » et de « répugnante », signalant que l'UE n'est plus disposée à tolérer une approche « move fast and break things » en matière de sécurité de l'IA générative.

Anatomie de l'enquête

L'enquête devrait porter sur plusieurs piliers centraux de la conformité au DSA. Contrairement à la future loi sur l'intelligence artificielle (Artificial Intelligence Act), qui est spécifique au produit, le DSA se concentre sur la gouvernance des plateformes et la modération du contenu. Parce que Grok est intégré dans X, ses défaillances sont traitées comme des défaillances systémiques de la plateforme hôte.

Principaux domaines d'enquête DSA concernant Grok

Investigation Area Specific Allegations Potential Regulatory Impact
Systemic Risk Mitigation Failure to assess risks of generating illegal content (CSAM, non-consensual imagery) prior to feature launch. Mandatory risk audits and deployment of mitigation measures.
Content Moderation Inadequate mechanisms to detect and swiftly remove AI-generated illegal content. Orders to overhaul moderation algorithms and human oversight.
Protection of Minors Insufficient age assurance and safeguards to prevent minors from accessing or being depicted by the tool. Strict access controls and potential service blocks for minors.
Transparency Obligations Lack of clarity regarding the data used to train Grok and the functioning of its generation algorithms. Fines up to 6% of global turnover for non-compliance.

Tensions croissantes : un schéma de non-conformité

Cette nouvelle procédure n'est pas un incident isolé mais plutôt le dernier chapitre d'un fossé qui se creuse entre Bruxelles et Elon Musk. En décembre 2025, la Commission européenne a infligé à X une amende d'environ 120 millions d'euros pour des violations distinctes du DSA liées à des conceptions d'interface utilisateur trompeuses (notamment en ce qui concerne la vérification « Blue Check ») et à un manque de transparence publicitaire.

La Commission a déjà utilisé ses pouvoirs d'urgence pour ordonner à X de préserver tous les documents et données internes relatifs à Grok jusqu'à la fin de 2026. Cet « ordre de conservation » suggère que les régulateurs construisent un dossier juridique complet visant à prouver que xAI a sciemment négligé les protocoles de sécurité au profit d'un déploiement rapide de fonctionnalités.

En cas de condamnation pour les infractions alléguées, X pourrait se voir infliger des amendes pouvant atteindre 6 % de son chiffre d'affaires annuel mondial. Cependant, la menace plus immédiate et existentielle pour les opérations européennes de Grok est le pouvoir de la Commission d'imposer des « mesures provisoires », qui pourraient effectivement interdire le service dans l'UE jusqu'à ce que les risques soient jugés neutralisés.

Implications pour l'industrie : le DSA comme instrument d'application contre les risques liés à l'IA

Pour le secteur technologique dans son ensemble, cette affaire sert de précédent critique. Elle démontre que l'Union européenne entend utiliser le Digital Services Act comme principal outil d'application contre les risques liés à l'IA générative, et ce, avant même que la spécifique loi sur l'intelligence artificielle ne soit pleinement mise en œuvre.

Les entreprises technologiques opérant dans l'UE doivent désormais reconnaître que l'intégration d'outils d'IA dans des plateformes sociales existantes soumet ces outils au champ d'application de lois strictes sur la responsabilité des plateformes. Les défenses de type « safe harbor » qui protégeaient autrefois les plateformes de la responsabilité liée au contenu généré par les utilisateurs deviennent de plus en plus poreuses lorsque les outils propres de la plateforme facilitent la création de ce contenu.

Creati.ai note que cette enquête met en évidence l'énorme charge de conformité à laquelle sont confrontés les développeurs d'IA. L'innovation dans la génération d'images doit désormais s'accompagner de procédures robustes de test (red-teaming) avant déploiement et de barrières de sécurité pour survivre à l'environnement réglementaire de l'UE. À l'ouverture de la procédure ce lundi, le monde de la tech observera pour voir si Musk choisira de se conformer aux demandes de Bruxelles ou s'exposera à la perte d'accès à un marché de 450 millions d'utilisateurs.

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