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Le Canada fait face à une « guerre mondiale sans précédent » pour les talents en IA alors que des financements cruciaux arrivent à expiration

Le Canada, longtemps célébré comme un pionnier de l'intelligence artificielle (artificial intelligence, AI) et foyer de certains des « parrains » du domaine, se trouve à un tournant critique qui pourrait menacer son statut de superpuissance mondiale en IA. Les principaux instituts nationaux ont lancé un avertissement sévère au gouvernement fédéral : sans réinvestissement immédiat, le pays risque une fuite des cerveaux catastrophique de ses meilleurs chercheurs au milieu d'une féroce concurrence internationale pour les talents.

L'alerte a été lancée par le Canadian Institute for Advanced Research (CIFAR) aux côtés des trois principaux pôles d'IA du pays — Mila à Montréal, le Vector Institute à Toronto et Amii à Edmonton. Dans un briefing obtenu via des demandes d'accès à l'information, ces organisations ont mis en garde que le financement du prestigieux programme CIFAR AI Chairs est sur le point d'expirer le 31 mars 2026. Avec le cycle de recrutement pour l'année universitaire 2026-2027 déjà en cours, les experts prévoient que l'absence d'un financement garanti à l'avenir pousse les meilleurs talents à considérer des offres lucratives provenant de géants technologiques étrangers et de programmes étatiques agressifs.

Le précipice du financement imminent

Au cœur de cette crise se trouve l'expiration imminente de l'initiative phare de la Stratégie pancanadienne en matière d'intelligence artificielle (Pan-Canadian Artificial Intelligence Strategy) : le programme CIFAR AI Chairs. Ce programme a été déterminant pour attirer et retenir des talents de classe mondiale dans les universités canadiennes. Il soutient actuellement 126 chaires de recherche dans 17 universités de six provinces.

Il est difficile de surestimer la qualité des talents soutenus par ce programme. On y trouve des lauréats du Turing Award tels que Yoshua Bengio et Richard Sutton, ainsi que le lauréat du prix Nobel Geoffrey Hinton. Ces chercheurs constituent la pierre angulaire de l'écosystème canadien en intelligence artificielle, stimulant une innovation qui rivalise avec les plus grands laboratoires de recherche corporatifs mondiaux.

Selon les données présentées par les instituts, l'impact collectif de ces chercheurs canadiens est immense. Lorsqu'on ajuste l'impact par chercheur, les CIFAR AI Chairs figurent parmi les entités mondiales d'élite en recherche en intelligence artificielle.

Classement mondial de l'impact de la recherche en IA (par chercheur)

Rank Organization Type Region
1 Google DeepMind / Google Corporate Global
2 Max Planck Institutes Research Institute Germany
3 CIFAR AI Chairs National Program Canada
4 Meta AI (FAIR) Corporate Global
5 MIT Academic USA
6 Oxford University Academic UK
7 Stanford University Academic USA

Source des données : document de briefing de CIFAR et des instituts nationaux d'IA du Canada.

Les instituts ont souligné que les chercheurs universitaires canadiens surpassent leurs homologues d'institutions prestigieuses comme Stanford, Oxford et l'université Tsinghua. Toutefois, cette haute performance fait d'eux des cibles privilégiées pour le recrutement.

Une « fièvre » dans la guerre mondiale pour les talents

La lettre conjointe envoyée à Ottawa décrit le paysage actuel comme une « guerre mondiale sans précédent pour les talents en IA » qui a atteint une « fièvre ». La concurrence ne vient plus seulement d'autres universités, mais de géants du secteur privé bien capitalisés et de nations qui mettent en œuvre des stratégies souveraines ambitieuses en matière d'IA.

L'urgence découle du calendrier des recrutements académiques. Les chercheurs obtiennent généralement des postes neuf à douze mois à l'avance. Par conséquent, les décisions concernant l'endroit où les meilleurs talents résideront à la fin de 2026 et en 2027 se prennent maintenant — au début de 2026. L'incertitude entourant le renouvellement du programme des AI Chairs envoie un signal précaire au marché.

« Les meilleurs talents en IA au Canada ont donc besoin d'un signal fort et immédiat du gouvernement qui leur permette de planifier leur carrière future ici », ont écrit les instituts. Ils ont noté que le Canada a déjà perdu des chercheurs distingués au profit de concurrents tels que xAI d'Elon Musk, ETH Zurich et MIT ces dernières années. Sans engagement financier confirmé, la crainte est que ce filet de départs se transforme en déluge.

Le fossé de la commercialisation : du laboratoire au marché

Au-delà de la rétention des chercheurs universitaires, les instituts ont mis en lumière une faiblesse systémique dans la stratégie canadienne en matière d'IA : le fossé entre la recherche fondamentale et la commercialisation. Alors que le gouvernement fédéral a investi des millions pour former des talents, il y a un soutien insuffisant pour la création de startups « deep tech (deep tech) ».

Ce « fossé de la commercialisation » crée une voie pour la fuite de la propriété intellectuelle (propriété intellectuelle, intellectual property, IP). Lorsque les chercheurs souhaitent transférer leurs innovations du laboratoire vers le marché, ils trouvent souvent que l'écosystème canadien manque du capital de démarrage et du soutien structurel nécessaires comparé aux États-Unis ou à l'Europe.

« Ce fossé entre la recherche de pointe et les entreprises commerciales signifie que la propriété intellectuelle développée au Canada, et les talents qui la portent, quittent fréquemment le pays », note le briefing. Les instituts soutiennent que retenir les talents ne se résume pas aux salaires universitaires, mais implique de créer un écosystème dynamique où les chercheurs peuvent lancer des startups et voir leurs idées aboutir au niveau national.

Demandes financières et position du gouvernement

Pour éviter cette crise, CIFAR, Mila, Vector et Amii ont formellement demandé un réinvestissement important. Leur proposition détaille un fonds de 434 millions de dollars, réparti en allocations spécifiques pour soutenir l'écosystème au cours de la prochaine décennie.

Répartition proposée du financement

Component Amount Requested Duration Purpose
AI Chairs Top-up $186 Million 10 Years Renew and expand the retention of top researchers
Venture Support $248 Million 10 Years Support early-stage AI ventures and commercialization
Total $434 Million 10 Years Holistic ecosystem sustainability

Malgré l'urgence de la demande soumise en juillet 2025, le financement était notablement absent de la mise à jour économique automnale du gouvernement fédéral.

En réponse aux demandes de renseignements, le bureau du ministre de l'Intelligence artificielle et de l'innovation numérique, Evan Solomon, a déclaré que les décisions concernant le renouvellement de programmes spécifiques sont actuellement évaluées dans le cadre d'une mise à jour plus large de la stratégie nationale en matière d'IA. Peter Wall, le directeur des communications du ministre, a confirmé qu'« aucune décision n'a été annoncée pour le moment » et n'a pas donné de calendrier précis pour la publication de la stratégie mise à jour.

Les enjeux pour l'avenir de l'IA au Canada

Le retard dans le financement survient à un moment où d'autres nations intensifient leurs investissements en IA. Le Royaume‑Uni, la France et les États‑Unis ont tous récemment annoncé des initiatives de plusieurs milliards de dollars pour sécuriser des capacités souveraines en IA et attirer des talents techniques.

Pour le Canada, le risque est double : la perte immédiate des personnes qui forment la prochaine génération d'informaticiens, et l'impact économique à long terme de la perte de la propriété intellectuelle et des startups que ces individus génèrent. Les « parrains » de l'IA ont contribué à mettre le Canada sur la carte, mais maintenir cette position nécessite un carburant financier soutenu.

À l'approche de la date limite du 31 mars, la communauté canadienne de l'IA attend avec anxiété. Le consensus parmi les experts est clair : le Canada a pris une avance précoce grâce à la clairvoyance et à des investissements stratégiques, mais dans une course mondiale qui s'accélère rapidement, se reposer sur ses lauriers est une stratégie de déclin.

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