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La lumière ne s’éteint jamais : au cœur du moteur 24/7 qui alimente la renaissance de l'intelligence artificielle (artificial intelligence) en Chine

Il est 2h00 du matin dans le district de Haidian à Pékin. Pendant que la ville dort, le cinquième étage du Longqiao Information Center reste inondé de lumière. À l’intérieur, des rangées de jeunes ingénieurs se livrent à un marathon de codage et d’optimisation qui est devenu l’emblème de la poussée agressive de la Chine vers la suprématie en intelligence artificielle. C’est le siège de DeepSeek, la startup d’IA qui est rapidement passée d’un espoir prometteur à l’avant-garde des ambitions technologiques chinoises.

Des rapports apparus en janvier 2026 dressent le portrait vivant d’une entreprise opérant sur une « base de guerre » inlassable. Avec une culture qui semble défier les débats occidentaux traditionnels sur l’équilibre vie professionnelle / vie privée, DeepSeek ne se contente pas de concurrencer des géants américains comme OpenAI et Google ; elle tente de réécrire les règles du jeu par la force de la volonté, l’efficacité algorithmique et une importante alignement gouvernemental.

La culture des « 100 heures » : une nouvelle norme d’intensité

Le tempo opérationnel chez DeepSeek est devenu matière de légende dans l’industrie. Des observateurs à Hangzhou rapportent des scènes similaires au siège de l’entreprise dans le Huijin International Building, où les lumières du 12e étage restent allumées bien après minuit. Ce cycle 24/7 n’est pas simplement une période de surcharge de travail mais une norme institutionnalisée.

Des anecdotes locales soulignent cette intensité. Un commerçant exploitant un service de massage crânien mobile près du siège de Hangzhou a noté qu’il garde sa boutique ouverte jusqu’à 21h30 spécifiquement pour servir les employés de DeepSeek qui entament leur « deuxième équipe » de la journée.

Des initiés de l’industrie suggèrent que la stratégie de recrutement de l’entreprise filtre pour ce niveau de dévouement. Des rumeurs circulent sur une attente tacite d’une « semaine de travail de 100 heures », un rythme épuisant qui rappelle les premiers jours de la Silicon Valley mais amplifié par un fervent nationalisme. Cependant, cette intensité est compensée par des incitations financières agressives. Des offres d’emploi de début 2025 révélaient que les chercheurs centraux — jeunes diplômés chargés de développer l’architecture de modèles de langage de grande taille (Large Language Model, LLM) — pouvaient prétendre à des salaires annuels supérieurs à 1,54 million de yuans (environ 215 000 USD). Cette grille salariale dépasse notablement les propositions des titans technologiques chinois établis comme Huawei et Tencent, signalant l’intention de DeepSeek de monopoliser les jeunes talents de haut niveau.

De « R1 » à « Engram » : l’innovation née de la nécessité

Le rythme implacable de DeepSeek est motivé par un objectif technique clair : dépasser les limites matérielles par l’ingéniosité logicielle. Suite à l’onde de choc provoquée par leur modèle « R1 » au début de 2025, qui offrait des performances de pointe à une fraction du coût d’inférence des modèles américains, l’entreprise a misé encore plus sur l’efficacité.

La dernière percée, développée en collaboration avec l’université de Pékin, est la technologie « Engram ». Cette architecture déconnecte apparemment le stockage de la mémoire du calcul, permettant aux modèles d’IA de récupérer l’information avec une efficacité proche de celle humaine plutôt que de compter sur un retraitement brut.

Pourquoi « Engram » est important :

  • Indépendance matérielle : En optimisant la récupération d’information, DeepSeek réduit sa dépendance à la quantité pure de GPU haut de gamme — un avantage critique compte tenu des contrôles américains à l’exportation sur les semi-conducteurs avancés.
  • Vitesse d’inférence : La technologie promet des temps de réponse plus rapides, essentiels pour les applications en temps réel.
  • Réduction des coûts : Un moindre overhead computationnel se traduit par des coûts d’API significativement plus bas, maintenant la stratégie « guerre des prix » de DeepSeek face aux concurrents occidentaux.

Les analystes tech prédisent que cet accent sur les « compétences fondamentales et la créativité », tel que prôné par le fondateur Liang Wenfeng, pourrait déclencher un « Second DeepSeek Shock » en 2026, remettant en cause l’idée que le matériel supérieur est la seule voie vers l’intelligence artificielle générale (Artificial General Intelligence, AGI).

Le « Grand Canal de l'IA » : alignement stratégique avec Pékin

L’ascension de DeepSeek n’est pas un phénomène isolé mais une composante soigneusement orchestrée de la stratégie nationale plus large de la Chine. L’empreinte géographique de l’entreprise — couvrant Pékin au nord et Hangzhou au sud — a conduit à la création métaphorique d’un « Grand Canal de l'IA », miroir du cours d’eau historique qui reliait jadis l’économie de l’empire.

Cet alignement est plus que symbolique. Le fondateur Liang Wenfeng est devenu une figure centrale dans les cercles de politique technologique de Pékin. Au début de 2025, il aurait été le seul ingénieur en IA présent à une table ronde gouvernementale de haut niveau organisée par le Premier ministre Li Qiang, rejoignant ensuite un symposium avec le Président Xi Jinping. Ces interactions signalent que DeepSeek est perçue non seulement comme une entreprise privée, mais comme un champion national pivot de l’initiative « AI Belt and Road ».

En rendant des modèles puissants open-source, DeepSeek exporte effectivement l’influence chinoise en matière d’IA vers le Sud global. Les pays en développement, souvent exclus des écosystèmes clos des entreprises américaines, se tournent de plus en plus vers les modèles à poids ouverts, rentables, de DeepSeek pour construire leurs infrastructures. Cette stratégie crée un fossé géopolitique, ancrant les normes chinoises dans les fondations numériques des économies émergentes.

Analyse comparative : DeepSeek vs. les géants américains

Pour comprendre les chemins divergents de la course aux armements actuelle en IA, il est essentiel de mettre en contraste le modèle opérationnel de DeepSeek avec ses homologues américains.

Divergence opérationnelle : Chine vs. USA
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Feature|DeepSeek (China)|U.S. Tech Giants (OpenAI / Google)
Operational Tempo|Opérations 24/7 : culture de « base de guerre » ; semaines de travail de 100 heures évoquées ; confiance dans des diplômés récents.|Rythme durable : focalisation sur la rétention à long terme ; accent croissant sur l’équilibre vie pro/vie perso et les talents seniors.
Architecture Focus|Efficacité d’abord : optimisation logicielle (p.ex. Engram) pour contourner les sanctions matérielles ; accent sur les modèles clairsemés.|Échelle d’abord : modèles massifs et denses reposant sur des grappes GPU de pointe ; lois d’échelle par force brute.
Funding Model|Quant-Driven : autofinancement via les profits du hedge fund Highflyer ; isolé de la pression VC à court terme.|VC/Corporate : dépendance à d’énormes injections de capital-risque (Microsoft, etc.) exigeant un retour commercial immédiat.
Geopolitical Role|Champion national : alignement direct avec les objectifs de l’État ; diplomatie open-source « AI Belt and Road ».|Entité commerciale : navigation d’un contrôle réglementaire complexe ; tension entre profit et intérêts de sécurité nationale.
Talent Strategy|Jeunesse & Agilité : recrutement des meilleurs diplômés universitaires ; valorisation de la plasticité et de l’endurance brute.|Expérience & Profondeur : recrutement de chercheurs vétérans ; valorisation de parcours établis et de doctorats spécialisés.

Le moteur financier : le lien avec Highflyer

Un aspect unique de la résilience de DeepSeek est sa structure de financement. À la différence de nombreuses startups d’IA assujetties aux délais du capital-risque, DeepSeek est soutenue par les profits de « Highflyer », un hedge fund quantitatif co-détenu par Liang. Classé parmi les meilleurs hedge funds de Chine avec des retours dépassant 50 % ces dernières années, Highflyer fournit une caisse de guerre qui permet à DeepSeek de brûler du cash pour la recherche et le talent sans pression commerciale immédiate.

Cette autonomie financière permet à l’entreprise de poursuivre des paris architecturaux à long terme — comme le projet Engram axé sur la mémoire — qui pourraient être jugés trop risqués pour des sociétés traditionnelles financées par VC. Elle protège aussi l’entreprise de la volatilité du marché qui a frappé d’autres actions technologiques, permettant aux lumières d’Haidian et de Hangzhou de rester allumées, indépendamment du climat économique.

Conclusion : un avenir de l’IA bifurqué

Alors que 2026 se déroule, le récit de la course mondiale à l’IA évolue. Ce n’est plus seulement un sprint unipolaire mené par la Silicon Valley, mais un marathon bifurqué. D’un côté, le modèle américain mise sur des capitaux massifs et une supériorité matérielle. De l’autre, DeepSeek représente un modèle chinois défini par une mobilisation extrême du capital humain, une ingéniosité architecturale née de la contrainte et une profonde intégration d’État.

Pour la communauté mondiale de l’IA, le message des fenêtres brillamment éclairées du Longqiao Information Center est clair : le défi venu d’Orient est réveillé, il code, et il n’a aucune intention de ralentir. Le « Second DeepSeek Shock » ne se limitera peut-être pas à la sortie d’un nouveau modèle ; il pourrait être la prise de conscience que le centre de gravité de la recherche en IA est capable de se déplacer du jour au lendemain.

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